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Les sourires de la Baie d'Halong
Une petite barque chinoise, posée à contre jour comme un grain de beauté, rehausse le silence de la baie de xuâm Dàm. Je range mon tabac et vais reprendre la route sur la vieille moto russe, une Minsk de location. Je circule sur des corniches, traverse des rizières, fais une pause dans des villages, relance la Minsk avec l’aide de villageois, retraverse des rizières enchanteresses, des plages ensoleillées, des collines boisées. Dans les descentes, je m’attends toujours à ce que la vieille moto russe tombe en pièces détachées. Elle n’a déjà plus d’éclairage, plus de clignotants, plus de freins (ce qui m’inquiète d’ailleurs un peu) Elle fait un bruit qui annonce tout sauf qu’elle va nous conduire à bon port; bref elle a autant sa place dans une expo «Tinguely» que sur les routes décoratives de l’île de Cat Ba.


CAI CHÀY DE LA BAIE D’HALONG
bois - L:0,36 D:0,06 - Cat Ba, Baie D’Halong

Le soir, je me restaure sur  une barge du village flottant dans le port de Cat Ba. Les pains de sucre karstiques de la baie d’Halong composent une perspective mobile qui s’éloigne dans un dégradé de gris bleutés subtils. Je m'installe dans ce décor d’estampe chinoise, sous la tonnelle d’un restaurant flottant où trois jeunes vietnamiennes vous accueillent avec des sourires "frais comme des chairs d'enfants"
Je remarque ce «cai chày» magnifique, c’est une sorte de double petite massue qui sert à assommer les poissons et les seiches sortis vivants de la réserve flottante et à les couper en morceaux en frappant de son aide, le dos d’une lame de couteau. Il a été tant et tant utilisé par madame Minh Hoa (restauratrice âgée aujourd’hui de 30 ans et propriétaire de cet endroit charmant) qu’il présente une double torsade façonnée par l’usure contre le fer du couteau. C’est elle qui m’en a fait une démonstration très convaincante et m’en a proposé le prix. Cela les faisait toutes rire de savoir que je pourrai mettre un tel prix. A Paris, combien vaut un ustensile d’arts et traditions populaire aussi joliment ouvragé par l’usure et aussi identifiant d’une économie sociale (la pêche), d’une activité humaine (la cuisine des femmes), d’un rite de passage universel (la table, la restauration), d’une mutation politique historique (l’ouverture du Vietnam). Qui plus est, cet objet provient d’un lieu aussi magique que la baie de Halong classée patrimoine de l’humanité. Mais elles doivent encore se rire de moi car Paris n’existe pas pour elles et j’aime entendre leurs rires qui me font oublier le monde…

 

 

Dans la jungle du Nord Vietnam
Le brouillard délave les rizières du Nord Vietnam. Deux motos nous emmènent à vive allure sur la route presque virtuelle de Sa Pa à Ta Chai Man. La boue et les ornières me rappellent au monde réel. Parfois, je me crois dans la grande évasion avec Steve Mac Queen. Parfois, je m'exerce à une exhibition de trial avec, comme cela se produit à plusieurs reprises, une descente abrupte dans des rochers, un passage de rivière traversant la route et une remontée en pente raide d’un court dénivelé. Le tout bien sûr, à deux sur une moto de collection lancée dans la gadoue...
Nous arrivons enfin à un endroit où même ces motos drivers ne vont pas s’aventurer. C’est un paysage magnifique. On y croise, émergeant des bambous, de superbes buffles cornus impassibles. On pénètre la jungle. On franchit un pont de bois débonnaire 30m au dessus d’une rivière de jade. Ces petits ponts de corde qu’on sent vibrer de la plante des pieds à la ligne des épaules.
On épouse à nouveau la jungle énigmatique qui chuinte mille cris mystérieux. On traverse des cascades, des forêts de bambous et on arrive dans un village où rien ne bouge ... Il semble à l’abandon. On prête l’oreille avec Thiè. Nous hésitons, interdits... J’entrevois un tissu rouge dans la petite ouverture d’une cabane puis quelques secondes plus tard, le visage d’un enfant.


Nous retrouvons assis devant un foyer, dans une grande bâtisse du village de Ta Chai Man, Un village de Dzao Rouge car nous sommes invités par monsieur Tân Dûn kién, 36 ans, son épouse, madame Phân Môn My, 33 ans et les deux derniers de leurs quatre enfants âgés de 13, 9, 7 et 4 ans... La maison est grande, sombre et elle sent le feu de bois mouillé. Tân est fier de nous parler de sa responsabilité sur la petite turbine nouvellement installée dans le village. Elle fournit 15 watts en 110 volts, de quoi faire fonctionner une ampoule vacillante annonciatrice d’un futur encore inimaginé dans ce petit village... Après une chaleureuse discussion autour d’un feu de charbon de bois, je repartirai avec la magnifique coiffe Dzao rouge de Phân. Elle garde toujours cette odeur de charbon de bois qui me rappelle ce village Dzao rouge dans la jungle nord vietnamienne…


COIFFE DZAO ROUGE
DZAO ROUGE
Tissu, laine L:0,60 l:0,60
Ta Chai Man
(Prés de Sa Pa)

 

Mister tomorrow
De retour à Sa Pa, prés de la frontière chinoise, je rencontre Chéi, la petite fille H’Mong de 10 ans avec laquelle j’avais longuement discuté hier. Avec ses compagnes, elle voulait me vendre des babioles et je lui répondais “tomorrow’’. Elle ne voulait pas demain mais “today”. Je riais en répétant “tomorrow’’, roublarde malgré son jeune âge, elle essayait de créer le lien en me demandant “What is your name ?”. Je répondais “Mister tomorrow’’ et provoquais ses rires indignés. A mon tour je lui demandais pourquoi elle n’était pas à l’école. Elle riait en essayant de me convaincre que l’école était terminée (il était 3 heures de l’après midi). Elle me promettait d’y aller “tomorrow’’ à son tour. Nous rions ensemble et je lui demandai de m’écrire son nom si elle voulait que je lui achète quelque chose. Je me rendis compte qu’elle ne savait pas écrire.
Aujourd’hui, nous sommes «tomorrow’’, Chéi se tient avec une jeune amie sur les marches d’un hôtel adjacent. Mon attention est ailleurs mais je sens bien que Chéi est là pour me voir. Elle se dirige timidement vers moi. Je lui demande pourquoi elle n’est pas à l’école comme elle me l’avait promis. Elle ne répond que je vais partir pour Bac Ha.  Je lui confirme que je lui achèterai sa ceinture si elle savait écrire son nom. Elle sort un minuscule bloc de papier confectionné maison et un stylo. Elle panique mais essaie de le dissimuler. Elle griffonne d’une écriture maladroite mais hésitante et appliquée en demandant conseil à sa copine; son prénom «Chéi».

 

Je trouve cela merveilleux qu’elle ait pu travailler l’orthographe de son prénom. Je l'imagine le soir dans sa maison H’Mong, obscure et mal chauffée, griffonant des lettres d'alphabet. Je la félicite en la nommant plusieurs fois à l’aide de son bout de papier griffonné et lui paie le prix demandé. De nouveau souriante et entreprenante, elle me demande pourquoi je voulais sa ceinture. Je lui réponds que c’est pour une petite fille de son âge. Elle m’offre alors un bracelet tissé et je la remercie de la part de la petite fille. Elle semble contrariée et m’en tend un second : le premier c’est pour la petite fille, le second, c’est pour moi. Une gamine de 10 ans, à l’autre bout du monde, peut vous procurer une joie indicible. Je lui fais un grand sourire en la remerciant par son prénom et elle part avec sa copine disparaître comme elle est venue dans les rues de Sapa...C’est une magnifique et large ceinture de broderie velours qui rehausse le noir indigo des vêtements des jeunes filles H’mong noirs quand elles vont travailler aux champs.

La petite vendeuse d'oranges
Thié m’emmène dans plusieurs marchés populaires de Hanoi. Certaines places sont curieuses, d’autres  donnent la nausée à circuler dans la fiente des poulets, d’autres nous ravissent comme cette halle sombre aux palettes ocres et rouges dans laquelle flotte un festival de senteurs épicées. Elles émanent de marchandises stockées dans de sublimes conteneurs en osier ouvragé... Je cherche une palanche suffisamment usée mais pas trop abîmée. Elle doit être belle tout en possédant la simplicité des objets usuels,. Elle doit incarner l’âme des porteuses de fruits et autres marchandises d’Hanoi sans tomber dans le pittoresque. En fin de matinée, Thié me conduit au marché populaire de long Biên où on ne croise aucun occidental. Nous discutons avec Hué, une jeune vendeuse d’oranges de Hàtây street à Hoaidué âgée de 30 ans. Elle vient vendre ses fruits au marché. Elle fait chaque fois 30 km en bus jusqu’au terminus du marché. Elle a tout vendu ce matin et devinant ma demande, elle nous avait suivi discrètement au cas où...
Sa palanche correspondait à mes recherches, en plus, elle y ajoute une petite balance avec laquelle elle pèse ses oranges. Un attroupement se crée vite lors de nos tractations, les vietnamiens pensent que nous préparons un film. je propose à Hué, une poignée de mains pour sceller notre vente. Elle prend ce geste comme un rituel étranger amusant et me tend sa main gauche. Je change de main et nous nous quittons dans les rires du petit groupe constitué à cette occasion…


 

CEINTURE H’MONG NOIR
H’MONGS NOIRS
TISSUS, VANNERIE
Lin; Chanvre Brodé Tissé
L:1,10 l:0,16 - Cat Ca

 

 

 

 



PALANCHE

D’UNE JEUNE VENDEUSE
D’ORANGES

TISSUS, VANNERIE
osier, Bambou, cuivre
L:1,25 H:1,10 D:0,53
Marché de long Biên, Hanoi

 

 

 

Intégrale du carnet de voyage au Vietnam
(téléchargement au format Pdf -Adobe reader)
 

                        

 

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